TEXTES
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SACRIFICE DU GUERRIER
Le roman de votre serviteur, sera publié en Juin 2008 par les Editions MNEMOS.

TEXTES COURTS

La majorité des textes présentés ici ont été publiés dans le magazine Histoire Médiévale des feu Editions Harnois.
Il s'agit de versions romancées de brèves anecdotes, mentionnées dans des textes contemporains des personnages.
Le but de ce travail était de retranscrire de manière vivante, plus actuelle, les exploits relatés dans des textes anciens, de tenter de faire passer l'état d'esprit des protagonistes, tout en sachant que cette vision reste faussée, car elle dépend de l'esprit de l'auteur, de sa culture, de son éducation qui sont celles de notre époque.
Deux textes, "Dernier Combat" et "Un oeil pour Deux Peaux", inédits, font exception et sont le fruit de l'imagination de leur auteur.

DERNIER COMBAT
Guy le Vieux livre son ultime combat sous le soleil du désert. (mai 2001) - Fichier PDF

UN OEIL POUR DEUX PEAUX
Le jeune Chevalier Arnaud face à la légende des changeurs de formes. (septembre 2000) - Fichier PDF

TROP COURT DE TROIS PIEDS
L'héroïque fin de Thorolfr le Sagace et de Thorgils le Braillard, face au Roi Harald l'Ebouriffé. (mai 2000) - Fichier PDF

EGILL L'OURS DE LA COLERE
La vengeange d'Egill le Maître du Nid. (janvier 2000) - Fichier PDF



Attention ! Suite à une erreur de manipulation de votre serviteur, les versions présentées des textes ci-dessous, sont des versions non corrigées.
Ceci sera rectifié dès que possible.

 

Les tours de l'enfer.
L'ingéniosité d'un artificier de Saladin lors du siège de St Jean d'Arcre. (juillet 2000)

Beaudoin III, le roi Pirate
L'interprétation à la lettre du droit par le roi Beaudoin III. (mars 2000)

Le cheval de Fabur.
L'exploit d'un jeune écuyer devant les murailles d'Antioche. (novembre 1999)

La chute de Damartin.
La capture de Renaud de Damartin à la bataille de bouvine. (septembre 1999)

Guillaume le Machéral.
Les arguments du chevalier se disculpant de l'accusation d'avoir "cocufié" le roi. (juillet 1999)

Le géant
L'exploit d'un guerrier lors du siège de St Jean d'Acre. ( mai 1999)


 

 

TROP COURT DE TROIS PIEDS

J'ai chevauché aux côtés des plus grands et assisté à leurs exploits. J'ai marché avec les plus humbles et partagé leurs joies. Tout ce que j'ai vu, je l'ai raconté, puis d'autres l'ont raconté à leur tour, faisant vivre et revivre mes récits. Tant que mes mots vivent, je vis, continue mon chemin, parcours le vaste monde et raconte d'autres histoires…

A l'aurore du Xème siècle, dans la froide Islande, régnait le Roi Halrad l'Ebouriffé, fils de Halfdan le Noir. Depuis quelques temps, une brouille générée par des calomnies, l'opposait à Thorolfr le Sagace son fidèle baron. Ce dernier s'était alors retiré dans ses terres du Nord, avec son vieil ami Thorgils le Braillard, pour se consacrer au commerce et aux expéditions vikings, laissant les langues de vipère s'agiter.
Cet hiver là, les deux frères marchands, Sigtryggr le Prompt Voyageur et Hallvardr le Rude Voyageur, vinrent se plaindre auprès du Roi de la perte de deux de leurs beaux navires marchands, attaqués par Thorolfr. Comme ils demandèrent l'autorisation de partir en représailles, Halrad leur rappela qu'ils n'étaient pas de taille à affronter le Sagace et ses guerriers ; que rares étaient les hommes qui avaient la chance de pouvoir soigner leurs blessures après une bataille à laquelle participait Thorolfr. Néanmoins, s'ils sentaient que la chance pouvait leur sourire, alors ils étaient autorisés à monter une expédition.
Lorsque le printemps arriva, les deux frères équipèrent deux grands bateaux, et avec près de deux cent hommes à bord, commencèrent à remonter les côtes vers les terres du Nord où vivaient Thorolfr.
De son côté le Roi, qui attendait la nouvelle du départ des frères, s'élança aussitôt avec cinq navires, vers les terres de celui qui était maintenant devenu son ennemi. Il savait que les vents le long des côtes étaient mauvais et par conséquent avait prévu un parcourt par fleuves et par terres, qui lui permettrait d'arriver avant les deux frères et de surprendre ainsi le Thorolfr, qui ne pouvait manquer d'être prévenu de l'organisation de représailles et se préparerai pour les affronter.

Après un dur et long voyage au travers des terres glacées, le Roi arriva après le coucher du soleil à Sandness où demeurait Thorolfr. Là, près de l'eau se trouvait un grand et magnifique Langskip avec sa tente dressée, visiblement équipé et paré pour un départ proche. Etrangement, nulle sentinelle ne veillait ; ni sur la ferme, ni sur le navire. Etonné Halrad, envoya deux éclaireurs examiner les bâtiments, dans lesquels des lueurs de feux étaient visibles. Tout ceci pouvait être un piège tendu par Thorolfr à la légendaire sagacité. Le rapport des éclaireurs, à leur retour, rassura le Roi. Nul piège n'était à craindre ; Thorolfr faisait juste brasser de la bière pour son voyage et, en attendant que l'opération soit terminée, buvait avec ses compagnons celle déjà produite. Tous les guerriers, gardes y compris, étaient réunis dans la grande maison, corne à la main.
Le roi, dans le plus grand silence, fit alors descendre tous les hommes de ses bateaux, dresser son étendard et s'entoura de sa garde personnelle qui lui fit un rempart de ses boucliers. Ensuite il donna le signal d'encercler la grande maison.
Tout cela accompli, le cri de guerre fut lancé par les hommes et la corne royale sonna avec force, annonçant le début du combat. A l'intérieur du bâtiment, les gestes se figèrent un instant, le silence se fit. Thorolfr cria un ordre qui fit se précipiter tous les guerriers vers leurs armes, suspendues aux charpentes.
Dehors, dans le silence qui suivit la sonnerie du cor, le Roi demanda aux femmes, aux enfants, aux vieux et aux esclaves de sortir afin d'avoir la vie sauve. Sigrid, la fière femme de Thorolfr, les mena dehors et fit demander à Halrad si une conciliation est possible. Le Roi lui fit répondre par son Hérault que si Thorolfr se remettait à lui en vaincu, il garderait vie et membres, mais serait puni ainsi que ses hommes pour les piratages et crimes commis. A cette proposition de reddition, Thorolfr fit donner sa réponse par Sigrid.
" Je ne veux aucun accord forcé avec le Roi, qu'il nous laisse nous affronter et que le destin décide ! "
Lorsque son Hérault lui rapporta les paroles de son ennemi, Halrad donna ses ordres à ses hommes.
" Je ne veux pas subir les pertes que nous infligeront Thorolfr et ses hommes dans un combat à ciel ouvert, ni même le mal qu'il nous feraient si nous les combattions à l'intérieur, même si nous sommes deux fois plus nombreux ! Brûlez la maison ! ! "
Il donna alors l'ordre à ses hommes de se masser devant la grande porte de la bâtisse, pendant que, à la faveur de la nuit, d'autres amenaient de quoi barrer les issues et alimenter le feu. Pendant ce temps, Thorolfr, qui ne se doutait pas de la traîtrise en cours, se préparait avec ses hommes pour une sortie en force.

Le feu fut mis aux quatre coins du bâtiment, rapidement attisé par les fagots de bois sec, pris dans la réserve, et par les écorces de bouleau du toit. Dès qu'ils comprirent la situation, Thorolfr et Thorgils se jetèrent sur les portes de la maison, qui ne cédèrent pas d'un pouce. Thorgils poussa alors un cri de rage qui s'entendit au travers des murs, faisant instinctivement frémir les hommes massés devant la porte.
Les guerriers de Thorolfr se tournèrent vers leur chef en hurlant. La panique les gagnait, il fallait au Sagace, qui les avait toujours sortis des pires situations grâce à son courage et à son ingéniosité, trouver rapidement une solution, ou ils mourraient sans combattre au milieu des flammes qui noircissaient les murs. Au milieu de la fumée et de la chaleur insoutenable, il observait autour de lui avec calme, contrôlant la rage et la haine que lui inspirait une telle traîtrise. Soudain ses yeux brillèrent, il calma les hommes, qui paniquaient de plus en plus, certains attaquant sans résultat, les murs de leurs haches, d'autres s'effondrant victimes de la fumée. Il demanda aux plus forts de se placer de part et d'autre de la porte et d'attaquer les murs de leurs grandes haches. Rapidement, malgré la fournaise et leurs forces déclinantes, à grand renfort de cris, les poutres maîtresses furent mises à jour. Dans l'air devenu irrespirable Thorolfr ordonna d'attaquer également les poutres, jusqu'à la moitié de leur épaisseur puis de faire le silence.

Dehors, les hommes s'étaient éloignés pour échapper à la chaleur du brasier. Ils riaient et lançaient moqueries et insultes en entendant les coups de haches et les cris des hommes au travers des murs. Ils les imaginaient tentant de d'abattre les murs et s'effondrant un à un, victimes de la chaleur et des fumées.
A l'intérieur, Thorolfr, dans le silence entrecoupé de toux âcres, faisait placer ses hommes les plus forts contre la poutre gauche, lui-même et Thorgils se positionnant contre celle de droite. A cet instant les hommes comprirent le plan de leur chef. Leurs yeux s'éclairèrent d'une lueur sanguine ; le combat allait commencer et leur apporter une vengeance sanglante. Les mains se serrèrent sur les armes et les cris de guerre se préparèrent au fond des poitrines. Sur un geste de Thorolfr, les hommes commencèrent à pousser sur les poutres qui, affaiblies par la chaleur et les coups de hache, cédèrent, emportant avec elles les poutres secondaires : le mur tomba vers l'extérieur dans un fracas formidable.
Dans un hurlement sauvage, les guerriers jaillirent des flammes pour se jeter sur les hommes du Roi. La surprise fut totale et au premier choc, nombreux furent les assiégeant qui s'effondrèrent dans la neige fondue et la boue. Mais rapidement Halrad donna ses ordres, faisant se ressaisir ses hommes et forçant ceux de Thorolfr à rester contre la bâtisse en feu qui menaçait de s'effondrer. Les flammes avivées par l'appel d'air, prélevaient un lourd tribut sur les hommes de Thorolfr qui, affaiblis ne pouvaient résister à leurs ennemis. Lorsque la maison s'écroula sur une partie de ses hommes, Thorolfr compris que le seul moyen de vaincre était de faire cesser le combat en abattant le Roi en personne, qu'il apercevait là-bas dans la nuit, éclairé par les lueurs de l'incendie, riant derrière son rempart de boucliers, sûr de sa victoire ! Thorgils, son vieux compagnon d'expéditions, comprit d'un regard les intentions de son ami.

Côte à côte, ivres de fureur, ne sentant plus la fatigue, ils se lancèrent dans la masse des hommes du Roi, précédés par les hurlements de Thorgils. L'épée du premier et la hache du second faisaient merveille dans le combat, leur ouvrant un chemin sanglant vers leur ennemi. Ils ne semblaient pas sentir les blessures que quelques-uns uns réussirent à leur infliger avant de s'effondrer, morts, dans la neige. Bientôt, nul n'osa affronter ces deux hommes, couverts de suie et de sang, qui s'avançaient vers leur Roi. Thorolfr profita immédiatement du répit pour se lancer de toute la vitesse de ses jambes avec Thorgils à ses côtés vers le rempart de bouclier. Les rares qui réagirent et tentèrent de les arrêter furent fauchés par les armes des deux amis, sans même les avoir ralentis. Les gardes d'élite, derrière leurs boucliers, les attendaient de pied ferme ; l'instant de vérité était arrivé. Halrad au, centre du cercle, sourit sauvagement mais recula instinctivement d'un pas.
En un instant les deux hommes atteignirent le rempart. Sans ralentir sa course, Thorgils hurla de nouveau en frappant le bouclier qui se trouvait devant lui, et fendit bois et fer jusqu'au centre, projetant l'homme qui le portait au sol. Thorolfr profita de la brèche faite par son ami pour franchir le mur humain d'un bond gigantesque, les yeux rivés sur sa proie, l'épée levée bien haut, près à donner la mort en un coup puissant.
Surpris par le bond de son ennemi, le Roi, comme ses gardes, resta figé sur place, attendant l'inévitable mort qui s'abattait sur lui. Malheureusement, le saut de Thorolfr ne lui permit pas, il s'en fallut d'un court pas, d'atteindre Halrad. Il retomba devant le porte-étendard qu'il frappa sur-le-champ. Comme son épée fendait le heaume et le crâne de l'homme jusqu'au yeux, il vit le Roi faire un pas en avant, armant un coup qu'il n'aurai pas le temps d'éviter, il entendit le hurlement de douleur poussé par Thorgils le Braillard qu'un large fer d'une lance venait de stopper dans sa course, il sentit les gardes dans son dos ; le moment de mourir était venu pour lui.
Alors il regarda Halrad l'Ebouriffé dans les yeux et lança d'une voix pleine de regrets, pendant que l'épée s'abattait sur lui :
" Trop court de trois pieds ".
La lourde lame du Roi frappa sans pitié, mettant fin aux jours de Thorolfr le Sagace et à la rivalité qui opposait les deux hommes.
Dès que le Thorolfr s'écroula mort dans la neige, non loin de son ami Thorgils, Halrad donna l'ordre de cesser le combat et de panser les blessures de ceux qui avaient une chance de survivre quel que soit leur camp. Il ordonna qu'il n'y ait point de pillage car tout ce qui se trouvait là lui appartenait désormais et qu'il ne tolérerai pas qu'on le vole.

Plus tard, il voyagea dans le pays constatant que Thorolfr réunissait des hommes pour combattre les deux frères dont la progression n'avait pas été très discrète. Il s'empressa d'aller à la rencontre des deux Voyageurs afin de se moquer d'eux.

FIN

Pour plus de détails sur les exploits de Thorolfr, lire la "saga d'Egill, fils de Grimr le Chauve ".

© Jacques Martel - Mai 2000
Publié dans le numéro 09
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

L'HONNEUR ET L'USURE

Guillaume le Maréchal… Le plus grand des chevaliers disait-on de son vivant. Son respect des coutumes de la chevalerie, à chaque instant et en toutes circonstances, en ont fait un exemple pour ses pairs.

Cet été de l'an xxxx, Guillaume, accompagné de son écuyer Eustache, voyageait vers la belle ville de Montmirail, dans laquelle il devait retrouver ses deux amis de tournois et de combat, Beaudouin de Béthune et Hue de Hamelincourt, pour une fête qui promettait d'être mémorable. Sur le coup de midi, avisant un bosquet non loin de la route, le chevalier décida de faire halte et d'entamer une petite sieste à l'ombre des arbres. Il ordonna à Eustache de s'occuper des chevaux, puis s'allongea avec un long soupir de satisfaction sur l'herbe fraîche. Rapidement, il s'enfonça dans le sommeil, bercé par le chant des oiseaux. Soudain un bruit de sabots le tira de ses rêves. Il ouvrit les yeux et porta instinctivement la main à sa bonne épée, posée près de lui. Le bruit des chevaux s'éloignait et une voix de femme lui parvint.
- Une femme en danger ! Se dit-il, et son sang de chevalier ne fit qu'un tour.
Il se leva, se précipita vers Eustache, qui n'avait pas eu le temps de desceller les chevaux, enfourcha le sien et le jeta au galop vers les deux formes qu'il distinguait au loin, en lançant à l'écuyer :
- Presse, suis-moi !
En quelques minutes, il rejoignit les deux cavaliers, qui en l'entendant arriver, ralentirent le pas avant de s'arrêter pour l'attendre. Les deux individus portaient de longs manteaux de voyage malgré le beau temps et leurs chevaux étaient chargés de lourdes fontes de selle. Sous les capuches Guillaume discerna les traits jeunes d'un homme et d'une femme. Le chevalier s'approcha lentement de l'homme.
- Qui es-tu ?
- Je suis un homme.
- Ne te moque pas de moi, gronda Guillaume, je vois bien que tu n'es pas une bête !
- Si c'est le combat que vous cherchez…
A cet instant, l'inconnu écarta un pan de son manteau et porta la main à l'épée qui pendait à son côté. Guillaume, dont les réflexes avaient été affûtés par des années de tournois, d'un mouvement rapide saisit le bras de l'homme, tandis que de l'autre main, il dégainait sa propre lame. La panique se lut alors sur le visage de l'homme, qui abandonnant toute idée guerrière, reposa la main sur l'encolure de son cheval.
- Qui es-tu ? Je te le redemande, lança Guillaume tandis qu'il rabattait la capuche du manteau de l'inconnu. Le visage avenant d'un jeune moine apparu devant le Maréchal, qui se tourna alors vers la femme. Celle-ci rabattit sa propre capuche sur ses épaules, dévoilant un jeune et doux visage.
- Je suis la sœur de Raoul de Lens et voici mon ami.
- Pourquoi cette fuite ? Et que fait donc un moine avec une épée ?
- Nous fuyons la colère de mon frère. Il n'admet pas que je refuse un mariage qu'il m'impose.
- Mais cette fuite n'a pas de sens. Une dame de votre condition ne peut errer sur les chemins. Je connais votre frère. Acceptez mon aide, je lui parlerai pour vous et calmerai sa colère. Je vous gage que la situation s'arrangera.
- C'est inutile, il ne vous écoutera pas. Nous allons fuir le plus loin possible et nous installer dans une ville commerçante.
- Qu'il en soit fait selon votre volonté, jeune Dame. Mais une chose m'intrigue. De quoi allez-vous vivre ? Je doute que votre père vous aide et votre ami (Guillaume jeta un regard mauvais au jeune moine) puisse gagner votre pain.
- N'ayez crainte messire, intervint le moine, je possède quelques livres dans ces fontes. Bien placées, elles nous rapporteront une rente, faible mais suffisante pour vivre.
- Comment ! Vivre d'usure ! ! explosa Guillaume. Il ne sera pas dit que Guillaume à laisser se perpétrer un tel forfait ! Eustache ! Fouille ces fontes et saisi cet argent maudit !
- Mais… vous ne pouvez pas… commença le jeune moine, qui s'interrompit devant l'expression déterminée de Guillaume.
La jeune femme, habituée aux réactions et à la manière de voir et de penser des chevaliers, saisit le bras de son compagnon pour le calmer. Lorsque qu'Eustache trouva la bourse, il l'ouvrit et la montra à Guillaume. Il s'y trouvait en effet réunie une belle somme. Guillaume demanda ensuite à son écuyer de placer la bourse dans ses propres bagages. Il se tourna vers le couple, les salua et leur dit :
- Allez, poursuivez votre route en paix et trouvez un moyen honnête de gagner votre pain.
Le jeune moine ouvrit la bouche pour protester, mais à nouveau le regard noir du chevalier le dissuada de continuer. Il releva sa capuche, saisit les rênes de sa monture et en silence, au côté de sa belle, repris la route. Lorsque les silhouettes des jeunes gens eurent disparu, Guillaume lança à son écuyer :
- Allons, trouvons-nous un bel endroit frais et ombragé pour reprendre notre sieste.

L'après-midi tirait à sa fin lorsque Guillaume, devant les portes de Montmirail, demanda aux gardes où ils pourraient retrouver ses amis. Quelques instants après, il mettait pied à terre devant une fort belle auberge, fréquentée par les marchands et les voyageurs aisés, dans laquelle l'attendaient ses deux amis, confortablement installés à une grande table sur laquelle trônait un grand pichet de bon vin. Non loin d'eux leurs écuyers devisaient gaiement avec de jeunes voyageuses.
- Donne-moi la bourse, demanda Guillaume à Eustache, occupe-toi des chevaux, ensuite rejoint tes compagnons et restore-toi.
Lorsque le chevalier pénétra dans l'auberge, ses amis se levèrent et l'acclamèrent :
-Ha ! Voici enfin Guillaume le Maréchal ! Le meilleur des Chevaliers !
- Aussi fort dans les tournois qu'aux banquets !
Les chevaliers se donnèrent l'accolade, avant de s'asseoir pour enfin se restaurer et échanger les nouvelles. Guillaume lança alors sur la table la bourse du moine.
- Mes amis ce soir nous feront bombance… Aubergiste ! Que tous les honnêtes gens qui se trouvent ici ce soir mangent jusqu'à plus faim ce qu'il y a de meilleur et que les gorges sèches soient contentées. Guillaume ne fera pas la fête sans qu'autour de lui les sourires s'épanouissent et les ventres s'arrondissent !
Dans toute la salle des acclamations retentirent, la réputation de ce chevalier n'était pas mensongère ; sa générosité égalait son courage. Après sa déclaration, Guillaume ouvrit la bourse et compta dix milles deniers, le moine n'avait pas menti.
- D'où te viens cet argent, mon ami, lui demanda Beaudouin. As-tu tournoyé sur le chemin ? Je n'ai point entendu qu'il y en ai eu d'organisé dans la région ces derniers jours.
- Ce fut un combat sans armes mais glorieux ! J'ai sauvé deux âmes de la damnation, en portant secours à une dame et un ecclésiastique, tout en leur donnant une petite leçon à ma manière, et sans verser le sang… Cet argent est la rançon de ce combat !
Le silence se fit aussitôt dans la salle, comme tout le monde attendait le récit que ne pouvait manquer de faire le chevalier. Content de son effet, Guillaume relata les événements de l'après-midi avec enthousiasme. Lorsqu'il en eu fini, ses amis l'approuvèrent tandis que du côté des marchands on semblait moins apprécier l'anecdote.
- Tu as eu raison, dit Beaudouin. Tu as proposé ton aide à cette jeune fille et respecté ensuite son choix. Quant au moinillon… il n'est pas dans les devoirs d'un chevalier de faire respecter des vœux monastiques…
- Tu as eu doublement raison, lança Hue. Comment une honnête dame peut-elle choisir un tonsuré comme bel ami ? Il ne manque pas de chevaliers de valeur et bien de leurs personnes pour se marier.
- En plus cet argent aurait été placé dans les mains de ces usuriers qui nous prêtent à des taux inadmissibles, qui profitent de l'imprévoyance ou de la malchance des jeunes chevaliers, qui n'accordent pas d'importance à la parole donnée ou à la valeur et au courage des honnêtes gens ! Une personne de bien ne gagne pas sa vie de cette manière, rajouta Guillaume.
- Ce moine en vivant d'usure se serait damné et aurait entraîné avec lui la jeune dame, glissa en se levant Hue. Tu as été trop bon, tu leur as laissé leurs montures et leurs bagages ! Je n'en vais de ce pas les rattraper et arranger cette situation !
Guillaume attrapa son ami par le bras et le força à se rasseoir à ses côtes.
- Allons mes amis, n'en parlons plus ! Utilisons cet argent comme il se doit pour un honnête homme ; la nourriture et le bien-vivre. Pas d'usure ou d'économies de mauvais aloi... Aubergiste ! Sers-nous ta meilleure cuisine et sois large et généreux ! Guillaume le Maréchal n'aime pas la mesquinerie ! !

FIN

(Pour en savoir plus sur la vie de Guillaume le Maréchal, on peut lire " Guillaume le Maréchal " de George BUBY aux éditions Fayard)

© Jacques Martel - Aout 2000
Publié dans le numéro 22
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

LES TOURS DE L'ENFER

En 1104, les Croisés s'emparèrent de la ville de St Jean d'Acre, qui fut reprise en 1187 par Yusuf Salâh Al-Din, surnommé Saladin par les Francs. Dans le courant du mois d'avril 1190, des troupes Franques, menées par Guy de Lusignan, assiégèrent la ville en attendant les renforts de la troisième croisade menée par Philippe Auguste et Richard Cœur-de-Lion. La belle ville, adossée à la mer Méditerranée, était entourée de fortes et hautes murailles, sa garnison était forte et courageuse et avait à sa disposition assez de matériel pour résister à un long siège.

Les Francs se mirent à bâtir trois gigantesques tours de siège, chacune possédant cinq hauts étages constitués de bois rares amenés d'outre-mer. Ces tours fermées furent recouvertes de peaux, enduites de vinaigre puis de terre afin que, nul combustible lancé depuis les remparts ne puisse y mettre le feu.
La construction fut achevée le 27 avril. Les Francs ouvrirent alors des chemins dans leurs fortifications pour amener les trois tours des trois cotés de la ville qui donnaient sur la terre. Les Sarrasins, depuis les remparts, harcelaient les Croisés qui poussaient les tours, d'abord à grand renfort de traits puis de tirs de catapulte. Mais rien ne semblait vouloir arrêter l'avancée des engins de siège. Lentement mais sûrement, pas à pas, ils se rapprochaient du fossé entourant les remparts, les hommes se cachant des flèches derrière les gigantesques structures. Les projectiles, lancés par les catapultes, qui atteignaient les tours dans un bruit assourdissant, les faisait craquer, faisaient trembler et vibrer leur charpente, mais ne parvenaient pas à les endommager. Lorsque le bord du fossé fut atteint par la première tour, les archers Francs montèrent à son sommet, qui dominait largement les remparts, pour harceler les soldats et archers ennemis, qui durent se replier à l'abri, permettant ainsi aux sapeurs de commencer à combler le fossé devant les gigantesques roues des tours.

Soudain un grondement formidable jaillit des remparts, précédant une boule de feu qui laissait derrière elle une traîné de flammes longues de plus d'une lance ; les Sarrasins lançaient leurs feux grégeois contre la tour. La boule de tissus huileux enflammée passa par-dessus les remparts, pendant que les archers Francs, en toute hâte, descendaient dans les étages inférieurs de la tour, contre laquelle le projectile éclata l'instant suivant. De l'huile enflammée se répandit dans toutes les directions, transformant le sommet de la tour en brasier. Sur les remparts, à nouveaux couverts d'hommes en armes, des cris d'allégresse retentirent, pendant que d'autres feux étaient lancés contre les deux autres tours avec les mêmes résultats.
Dans le camp des Croisés, c'était la consternation; les sapeurs fuyaient de toute la vitesse de leurs jambes sous les flèches des Sarrasins, et les archers Francs, qui avaient quitté les tours, les suivaient de près, pendant que sur les remparts, les rires et les moqueries se répandaient. Des pas de danse furent même esquissés par les plus enthousiastes des assiégés. Mais bientôt, le feu cessa de s'étendre sur la première tour. Il diminua doucement jusqu'à s'éteindre complètement, laissant apparaître la structure intacte ; la terre et le vinaigre avaient tenu leurs rôles et les essences de bois rares résisté à la chaleur. Dans les minutes qui suivirent, les feux qui couvraient les deux autres tours s'éteignirent aussi.
Immédiatement un hurlement de triomphe jaillit des rangs des Francs, pendant que les archers remontaient au sommet de la grande tour pour harceler les Sarrasins, et que les sapeurs se remettaient au travail, tous encouragés par les chevaliers qui attendaient avec impatience le moment du combat au corps à corps au sommet remparts. Peu après, une nouvelle boule de feu, précédée par le grondement assourdissant, franchit les murailles. Les archers redescendirent aussitôt à l'intérieur de la tour, et à nouveau le feu enveloppa la tour avant de s'éteindre doucement. Les tentatives suivantes échouèrent également et bientôt les tirs cessèrent.

L'assaut repris alors de plus belle, les défenseurs démoralisés par l'échec de leurs feux grégeois, les assaillants galvanisées par la certitude d'une victoire proche. L'émir Qaraqûsh, qui dirigeait la ville, fit envoyer, grâce à un nageur, un message de détresse à Saladin, dans lequel il expliquait que sans renfort, la ville tomberait sous peu aux mains des ennemis. Saladin envoya alors ses troupes harceler les Francs qui se trouvèrent pris entre deux feux. Les Croisés durent séparer leurs forces afin de continuer le siège de la ville. Durant une semaine, les combats entre assiégeants et assiégés se poursuivirent nuit et jour, épuisant les hommes des deux camps. Les sorties des Sarrasins succédèrent aux assauts des Francs mais ni les techniques classiques, ni le feu ne purent venir à bout des tours de siège. Le soutien de Saladin, avait permis aux hommes d'Acre de ralentir leur avancée, parfois même de les immobiliser, mais jamais de les endommager.

Dans la ville, ce 5 mai 1190, le moral était au plus bas car le lendemain les trois tours seraient contre les murs, déversant leur flot de chevaliers, couverts de mailles, aux épées tranchantes, qui se répandraient sur les remparts, donnant la mort sans jamais hésiter. Au pied des murailles, les sapeurs combleraient les fossés pour amener échelles et autres moyens d'accès, permettant ainsi à d'autres guerriers d'envahir la belle cité ; ce serait la fin de la résistance.
Dans la ville se trouvait un homme venu de Damas, collectionneur et passionné de tout ce qui concernait les artificiers et leurs pratiques. Sa passion, pour laquelle il subissait en permanence les reproches des ses amis, l'avait mené à côtoyer de nombreux Maîtres dans l'art de provoquer et d'entretenir explosions et brasiers ; les ingrédients inflammables et leurs mélanges n'avaient que peu de secrets pour lui. Pendant les combats, il prépara diverses substances. Sa tache accomplie, il obtint une entrevue avec l'émir Quaraqûsh pour lui expliquer qu'en suivant ses instructions, les gigantesques tours pourraient être détruites. L'émir, déjà fou de rage à l'idée de la prise de sa ville par les Croisés, fut mis hors de lui par la proposition de l'inconnu, sa première pensée fut de pendre immédiatement l'arrogant personnage. Lisant dans le regard de son maître, un des conseillers le devança en disant : " Qui sait si Dieu ne veut pas nous sauver par la main de cet homme ? Il n'y a aucun risque à essayer ce qu'il nous propose. " L'émir consentit à laisser opérer l'homme mais dans ses yeux se lisait le destin de l'artificier amateur en cas d'échec.

Le Damasquin fit transporter par des soldats les ingrédients qu'il avait préparé chez lui, jusqu'à une catapulte capable de viser la plus grande des tours. Le premier paquet fut mis en place et lancé. Les archers de la tour furent surpris par l'arrivée de cette boule de nature indéterminée et non enflammée. Paniquant, ils tentèrent de descendre dans l'étage inférieur, mais pas assez vite. La boule heurta la structure avec un faible choc, répandant une substance épaisse et gluante sur la tour et une partie des hommes, mais nul incendie ne se déclara. Les hommes surpris, continuèrent néanmoins à descendre dans les étages inférieurs. Bientôt d'autres projectiles suivirent, touchant la tour sur toute sa hauteur, sans autre effet que de la couvrir de substances malodorantes inconnues des soldats ; ni huile, ni autre liquide inflammable. Lorsqu'une demi-douzaine de boules eurent atteint leur cible sans résultats, les tirs cessèrent.

Tous les Francs remontèrent au sommet de la grande tour, criant à tue-tête, se moquant des Sarrasins, dansant et chantant afin de monter leur insouciance et leur confiance en une victoire proche. Les yeux cherchaient le regard d'un adversaire au-delà des remparts, lui signifiant que bientôt ils se verraient de près.

Dans la ville, l'émir constatant le peu de résultats, souriait méchamment à l'artificier amateur, qui semblait satisfait de son travail. Les conseillers sentaient que, dans les instants qui allaient suivre, un homme serait pendu aux murailles. De son côté, le Damasquin faisait installer dans la louche de la catapulte, un feu grégeois classique. S'en fut trop pour l'émir ; après avoir gaspillé un temps précieux avec des produits inoffensifs, l'homme allait employer une méthode qui s'était déjà révélée inefficace. Il porta la main à la garde de son épée : il n'aurait pas à attendre une pendaison. Le conseiller, qui l'avait auparavant convaincu de laisser agir le Damasquin, mis aussitôt la main sur le poignet de son maître, qui soupira et laissa la lame dans son fourreau. La boule de feu grégeois installée, l'artificier attendit ce qui sembla une éternité à l'émir, avant d'y faire mettre le feu et de donner l'ordre de la projeter.

Lorsqu'une fois de plus une comète de feu, précédée par son terrible grondement s'éleva dans le ciel, les Francs redescendirent dans les entrailles de la tour. Le feu explosa dans un bruit de tonnerre, les flammes enveloppèrent l'engin de siège de toues parts, léchant ses parois avec une intensité extraordinaire. A l'intérieur, les hommes attendaient dans la chaleur que le feu s'éteigne, ils se moquaient des Sarrasins, pensant qu'il devaient vraiment être désespérés pour réemployer une méthode qui avait échoué auparavant. Mais cette fois, la vigueur avec laquelle les flammes mordaient la structure ne déclina pas, elle semblait au contraire grandir à chaque seconde. Les constituants du feu grégeois, solidement ancrés à la tour grâce aux substances adhésives de l'artificier, le feu avivé par la naphte malodorante qui avait été projetée ensuite, les flammes montaient toujours plus haut. De la base au sommet les peaux enduites de vinaigre brûlèrent, la terre tomba en poussière, les bois rares dont était constituée la structure commencèrent à noircir puis flambèrent à leur tour, donnant une nouvelle force au brasier.
A l'intérieur, les Francs n'eurent pas le temps de descendre les quatre étages, la fumée et la chaleur les emportèrent avant que les flammes ne gagnent le centre de la structure. Bientôt la grande tour s'effondra sur elle-même au pied des remparts sous le regard émerveillé des Sarrasins.

Pendant ce temps, l'artificier fit bombarder la deuxième tour, que les Francs évacuèrent aussitôt et qui subit le sort de sa sœur, bientôt suivie par la dernière des gigantesques structures. Bien après, lorsque les dernières braises s'éteignirent, il ne restait rien de reconnaissable au milieu des cendres.

( L'artificier amateur fut ensuite, dès que les circonstances le permirent, amené par l'émir devant Saladin qui avait entendu parler de l'exploit et tenait à voir de ses yeux ce grand homme. En juillet 1191, la belle ville d'Acre se rendra après une résistance de plus d'une année)

FIN

Pour en savoir plus sur les croisades vues du côté des Arabes, on peu lire : " Chroniques arabes des Croisades " aux éditions Sindbad, textes recueillis par Francesco Gabrieli.

© Jacques Martel - Juillet 2000
Publié dans le numéro 19
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

BAUDOIN III, LE ROI PIRATE

Aux environs de 1155, Usâma ibn Munqidh, Emir de Shaizar, rentrait au service de Nûr-ad-Din, le Roi-Juste, loin de son Egypte natale où étaient restés sa famille et ses serviteurs.
Le grand politicien et courtisant tenait en effet, pour des raisons connues de lui seul, à se tenir loin du Palais Egyptien, au sein duquel il avait intrigué et conseillé durant de longues années. Nûr-ad-Din écrivit alors à Tala'i ibn Ruzzit, le tout-puissant Vizir d'Egypte, afin que celui-ci fasse partir l'entourage d'Usâma, resté sous sa protection, pour qu'il rejoigne ce dernier.
Le Vizir, peu désireux de perdre la présence du redoutable homme de guerre et de plume qu'était Usâma, proposa par courrier une solution à son ancien conseiller et ami. S'il craignait " ceux du Palais ", il serait envoyé à la Mecque et nommé gouverneur d'Assouan, avec les moyens de se défendre contre ses ennemis. De plus, précisa le Vizir, les Francs du Roi Baudouin, le maître de St jean d'Acre, ne manquant pas d'attaquer tout ce qui entrait ou sortait des terres de Nûr-ad-Din, le voyage serait par trop périlleux.

Lorsque Usâma reçu la lettre, le Roi-Juste fit remercier le Vizir pour sa sollicitude et son offre. Mais, décidé à garder à ses côtés son nouveau conseiller, il lui écrivit également qu'il obtiendrai un sauf-conduit de son ennemi Baudouin III lui-même, pour l'entourage de son ami, lui garantissant ainsi la meilleure protection que l'on puisse imaginer.

Le Vizir, à court d'arguments, prépara alors le départ de la famille d'Usâma, de ses serviteurs, ainsi que des ses biens, réputés nombreux et précieux. De son côté, Usâma, envoya un jeune esclave porter au Palais du Vizir le sauf-conduit pour terre et pour mer obtenu, comme promis, par Nûr-ad-Din auprès du Roi Franc. Dès que l'esclave parvint en Egypte, le Vizir fit embarquer les cinquante personnes qui constituaient l'entourage d'Usâma à bord d'un magnifique navire de sa flotte personnelle. A bord, il fit également monter des soldats provenant de sa garde d'élite, afin de dissuader d'éventuels bandits ou ennemis politiques de l'ancien conseiller d'attaquer le navire.
Le bâtiment longea les belles côtes de la Méditerranée, en direction de la ville de Damiette, au cours d'un voyage qui se déroula sans incident. Au port, biens et personnes furent débarquées du navire Egyptien pour monter à bord d'un bâtiment Franc, manœuvré par un équipage Franc afin pouvoir longer les côtes du territoire gouverné par Baudouin III, protégés par le sauf-conduit.

Le lendemain, le navire prit son départ vers le nord, continuant à la côte, pour arriver quelques jours plus tard, en vue de la forteresse de Saint-Jean d'Acre, où vivait le Roi Franc. Là, ils virent Baudouin lui-même, observer la mer depuis les remparts. Ce Chevalier-Roi, réputé courageux, lettré et grand connaisseur du droit, semblait veiller sur le passage de ses " invités ", tout semblait être du meilleur augure.
Un moment plus tard, l'équipage vit une barque remplie d'hommes d'armes (visiblement des Francs), quitter le rivage et se diriger vers le navire, qu'elle rejoignit bientôt. Une partie des hommes monta à bord, comme le feraient les soldats chargés de contrôler les navires qui traversent la région. Le plus âge d'entre eux se dirigea vers le capitaine du bateau et l'interrogea en désignant les passagers du regard. Le jeune esclave porteur du sauf-conduit se précipita alors vers eux, pour présenter les voyageurs, tout en produisant le précieux parchemin qui devait leur assurer un passage sans encombre. Le chef des gardes, un vétéran à l'air peu commode, y jeta un œil peu attentionné avant de repousser durement le jeune homme et de crier un ordre à ceux de ses hommes qui étaient restés dans la barque. Immédiatement ceux-ci commencèrent à défoncer la coque du navire à grands coups de hache, pendant que ceux montés à bord menaçaient l'équipage de leurs armes soudainement sorties. Profitant de l'agitation provoquée par la situation, le jeune esclave se jeta subitement à l'eau, après avoir remis le sauf-conduit dans son écrin protecteur, et nagea vers la côte avec toute l'ardeur dont il était capable. Le seul espoir pour lui et ses compagnons était de prévenir Baudouin que, malgré sa protection, des bandits les avaient attaqués.
Lorsqu'il atteignit enfin le rivage, il vit le Roi Franc, en armes et à cheval, entouré des ses compagnons Chevaliers, partir de la forteresse dans un nuage de poussière, pour se diriger vers le navire. Le jeune homme, le souffle court, s'élança au devant de du groupe, brandissant le sauf-conduit : " Roi, n'est ce pas là ton sauf-conduit ? Des Francs nous ont attaqué et tentent de nous couler ! " Baudouin stoppa sa monture face à l'esclave, tout en faisant signe à ses compagnons de poursuivre leur chevauchée: " N'ai point de soucis mon garçon. Toi et tes amis serez hébergés et soignés en mes terres cette nuit. ". Sur ces mots, il repartit au galop vers le navire qui tentait de rejoindre la côte, pour s'y échouer avant de sombrer. Quant à la barque et à ses occupants, ils avaient pris le large depuis bien longtemps, sans rien emporter. Peut-être la vision du Roi et de ses Chevaliers les avait-elle fait fuir ?

Baudouin et ses compagnons aidèrent les gens à descendre du navire désormais échoué et les menèrent à l'abris dans une maison proche de la forteresse, pendant que des serviteurs, venus entre temps, y transportaient, avec mille précautions, les biens d'Usâma. Il y avait de nombreux coffres sculptés, contenant de grandes quantités de pierres précieuses, d'or, d'argent ainsi qu'un grand nombre de livres rares d'une valeur inestimable. L'immense fortune du Guerrier-Ecrivain n'était pas une légende…
Pendant que les naufragés reprenaient leurs esprits, le jeune homme entendit le Roi et ses compagnons discuter en contemplant, les yeux brillants, la masse des biens d'Usâma. Ils désignaient tel ou tel objet de la main, le saisissaient afin de l'admirer en pleine lumière, avant de le reposer pour en prendre un autre encore plus extraordinaire. Le Roi quant à lui, examinait avec soin et grand intérêt, les précieux livres de philosophie et de mathématique qui remplissaient de nombreux coffres. Comme le jeune esclave possédait une parfaite connaissance de la langue des Francs, il comprit que ces chevaliers, aux grandes et belles réputations, se partageaient les biens de son maître, à la manière de vulgaires et méprisables pirates. Baudouin se réservait l'or et les livres, tel chevalier voulait des pierres précieuses, tel autre demandait des bijoux pour les offrir à sa Dame, tandis que les luxueux tapis et tapisseries en tentaient fortement quelques-uns un … Furieux, il se précipita au centre du cercle que les Chevaliers formaient autour du trésor et, dos aux coffres, maintenant tous ouverts, il brandit à nouveau le sauf-conduit marqué du sceau de Baudouin lui-même : " Mais roi, ceci est ton sauf-conduit ! ". Instinctivement, l'un des Chevaliers proche porta la main à la garde de son épée. Baudouin, d'un regard, stoppa le geste de son compagnon et, calme et souriant, répondit sans élever la voix : " Oui, il s'agit bien là de mon sauf conduit. Mais n'est-il pas également la Loi des Musulmans, que lorsqu'un navire s'échoue sur un rivage, les habitants de ce rivage prennent comme butin ce qu'ils y trouvent ? "
Sur ces paroles, il fit venir, de la forteresse, des servantes qui fouillèrent, avec une grande délicatesse, les femmes afin de s'emparer des bijoux qu'elles auraient pu dissimuler dans leurs riches et complexes vêtements.
Abasourdit par la situation et cette traîtrise, inquiet pour l'avenir, le jeune esclave lança à Baudouin : " Et vas-tu, Roi, nous prendre en esclavage ? ". " Loin de moi cette idée " répondit Baudouin avec un large sourire, " Voici de quoi vous permettre de continuer votre route ! " Il fit alors prélever par un de ses compagnons 500 dinars, sur le butin qui en valait bien 30 000 et les fit remettre au jeune homme.
Le soir venu, tout l'entourage d'Usâma fut invité à dîner au côté des gens du Roi. Ils bénéficièrent de toutes les attentions et soins de la maisonnée de Baudouin, avant de se mettre en quête, le lendemain, d'un nouveau moyen de transport afin de poursuivre leur route. Ceci fut fort facile à cause du nom d'Usâma et peu onéreux puisqu'il ne restait qu'un minimum de bagages à transporter.


(Usâma se trouvait alors en compagnie de Nûr-ad-Din chez le Roi Mas'ûd, près de la Mer Morte. Il restait encore une longue distance à parcourir sur les terres de Baudouin III. Mais grâce au sauf-conduit du Roi Franc, nul ne les importuna.
Quant aux hommes d'armes qui avaient attaqué le navire Franc, sans porter la main sur les passagers, personne ne sut qui ils étaient, ni ce qu'ils devinrent. Usâma, pour sa part, resta persuadé qu'il avaient été envoyés par Beaudouin III pour s'emparer de ses biens)

FIN

© Jacques Martel - Mars 2000
Publié dans le numéro 07
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

LE CHEVAL DE FABUR

An 1097, les forces de la première croisade, menées par Pierre l'Ermite, Godefroy de Bouillon, Robert le Frison, Bohémond de Sicile et Robert de Normandie font route vers Jérusalem. Sur leur chemin se dresse la belle Antioche, aux nombreuses portes et aux forts remparts, que les Francs ont l'intention de prendre. La puissance des fortifications ainsi que le grand nombre de soldats que possède la ville rendent impossible une victoire directe et rapide ; l'établissement d'un siège est donc décidé par les Barons. L'armée se sépare en autant de groupes, menés par les puissants, qu'il y a de portes à garder. Il a été décidé que les Arabes ne sortiraient pas et ne recevraient pas de renforts.

Près de la porte qui regarde vers Capharda, au pied de la montagne, se trouve la tour de Josian au pied de laquelle, le long de la rivière qui longe le rempart, s'étant un beau pré fleurit. En face, sur la rive desséchée, Robert le Frison a installé son campement. Le soir tombe, les chevaliers se préparent à dîner au milieu de la fumée des feux de camp, l'odeur de la nourriture a calmé les esprits enfiévrés et la quiétude envahi peu à peu le campement. Godefroy de Bouillon, qui garde une autre porte, est venu se joindre à Robert, afin de discuter de la conduite à tenir lors des jours à venir.

Soudain, les battants de la grande porte s'ouvrent. Fabur, Grand parmi les grands guerriers Arabes, sort monté sur son célèbre destrier. Dix hommes d'armes l'accompagnent, qui portent tous de grandes haches de guerre, dont les tranchants acérés lancent de sinistres éclats dans la lueur des feux. Immédiatement le calme qui règne sur le camp des Français est rompu. Les chevaliers laissent viande et pain pour se précipiter sur leurs armes, les écuyers se pressent vers les chevaux et les équipements de leurs maîtres. Peut-être le fameux Fabur va-t-il tenter une sortie ? Il est coutumier de grands exploits sur les champs de bataille et la peur n'a pas de prise sur lui. Mais le pont n'est toujours pas en place et visiblement Fabur, malgré qu'il ait revêtu sa somptueuse tenue de bataille, ne semble pas animé d'intentions hostiles. Lentement, il met pied à terre et mène sa monture par la bride jusqu'au pré fleuri. Là, il jette un long regard vers l'horizon, comme un homme qui admire et apprécie le coucher du soleil un soir de paix. Son regard ne s'attache pas au camps des Francs qu'il semble négliger, en homme habitué aux mirages.

Dans le camp de Robert, tout le monde s'interroge ; est-il venu parlementer, proposer un duel ?. Ce serait étrange, la nuit n'est pas faite pour mener les actions de guerre. Au terme d'un long moment, Fabur détourne son regard de l'horizon, appelle un des gardes, lui confie les rênes et s'en retourne sans hâte vers la porte qu'il franchit bientôt. Pendant ce temps, un soldat plante un pieu dans le sol et celui qui mène la monture l'y attache. Les gardes s'installent ensuite au pied du rempart et devisent paisiblement, leurs armes à portée de main, tout en gardant un œil sur le cheval. Fabur est simplement venu en face des Francs, pour faire brouter à son cheval de l'herbe verte et tendre, comme il ne doit pas y en avoir à l'intérieur de l'enceinte. De l'autre coté de la rivière, Robert le Frison, Godefroy de Bouillon et leurs hommes enragent. Ils viennent de comprendre que Fabur se moque d'eux. Il fait paître son illustre monture, face à ses ennemis, comme si ces derniers ne comptaient pas plus que de simples brigands.

Et quelle bête magnifique, nul franc n'en possède de pareil. L'un de ses flancs est noir, l'autre blanc, sa croupe large et carrée annonce une puissance formidable. Certains racontent qu'un galop de vingt lieues ne suffit pas à le ralentir ou à le fatiguer. Ses naseaux bien ouverts et l'éclat de ses yeux confirment la vivacité dont on l'a vu faire preuve en combat. Sa majesté est encore rehaussée par la selle vernie d'or et le mors précieux dont Fabur l'a parée. Quelle prise magnifique se serait pour un chevalier, et quelle punition pour Fabur. Cependant, nul n'ose franchir le fleuve, car les ventaux de la grande porte sont entrouverts et des guerriers pourraient en jaillir à tout moment. Les chevaliers sont déchirés entre le désir d'accomplir un exploit et la peur de mourir entre les murailles et la rivière. Par- dessus tout, des éclats de rire fusent par instants de la conversation des gardes, ne faisant qu'ajouter à leur fureur des Francs.

A l'écart des tentes, loin du tumulte, Gauthier un jeune écuyer se pose moins de questions. Il ne possède ni la réputation des grands, ni leur lourd équipement de guerre, mais son jeune esprit est vif et rusé. Il cherche et trouve un endroit que les feux de camp n'éclairent pas. Là, il se débarrasse de ses vêtements, ceint une épée, fixe une paire d'éperons au baudrier de celle-ci et prie rapidement pour la réussite de l'exploit qu'il se prépare à accomplir. Avant de se glisser dans l'eau, il observe une dernière fois les gardes Arabes qui observent de temps à autre les chevaliers en armes, toujours hésitants entre l'action et la résignation.

Doucement, en bon nageur, il progresse vers un endroit sombre, et éloigné des gardes, qu'il a remarqué sur la rive opposée. Sans bruit, il y prend pied, fixe les éperons à ses pieds nus, dégaine son épée de bon acier et reprend son souffle. Dès qu'il se sent prêt, il progresse lentement, à l'ombre des remparts, vers le cheval tant convoité. Mais bientôt il arrive en bordure du pré, que les feux du camp et de la porte éclairent, et ne peut plus progresser sans être vu. Là, il prend un instant pour observer les soldats qui devisent paisiblement, raffermi sa prise sur son arme avant de s'élancer vers le destrier. Les gardes bondissent immédiatement sur leurs pieds en saisissant leurs grandes haches. Au même moment, des acclamations jaillissent du camp de Robert ; les chevaliers encouragent cet inconnu qui tente ce qu'eux-mêmes n'ont pas osé.

Les gardes qui pensaient tout d'abord à l'attaque d'un groupe de chevaliers, s'aperçoivent vite que l'intrus est seul, sans armure, et de plus très jeune. Seuls trois d'entre eux se précipitent entre le cheval et l'écuyer, leurs haches prêtes à frapper. La compagnie des chevaliers et les combats auquel il a participé sur le chemin d'Antioche, ont appris à Gauthier les vertus de l'action. Il se jette sur le premier des gardes en un éclair et frappe, la tête de son adversaire vole à deux pas. Le second n'a pas le temps d'abattre son arme qu'il gît déjà au sol. L'acier luit encore une dernière fois dans la lueur des feux avant de trouver la poitrine du troisième. La rapidité et la rage de vaincre ont pallié au manque d'expérience. Devant un tel accès de fureur, les autres gardes, tout en donnant l'alarme, reculent lentement vers la porte. Gauthier profite de cet instant pour rejoindre le cheval, tranche le lien qui le retient d'un coup d'épée et d'un bond se met en selle. De l'autre coté de la rivière, Robert et ses hommes hurlent leur joie et prient le jeune homme de revenir avec sa prise avant que d'autres gardes ne sortent de la ville en renfort.

Ivre de fierté, Gauthier brandit sa bonne épée au ciel et pique des deux. La magnifique monture part comme une flèche, mais ne prend pas la direction du camp de Robert. Le jeune écuyer se jette sur les gardes qui tentent, maintenant que leur adversaire est monté, de rejoindre la ville le plus prestement possible. Il rattrape en instant deux d'entre eux ; sa lame s'abat par deux fois, sans hésiter, et apporte la mort. Emporté par sa fureur, il poursuit sa route et arrive devant les portes massives. Là l'un des gardes s'est arrêté, il attend Gauthier de pied ferme, sa grande hache de guerre prête à frapper. Dans son regard dur, qui croise celui du jeune homme, nulle trace de peur. L'écuyer ne ralenti pas sa charge, il éperonne sa monture qui bondit alors de façon magnifique. Le garde, surpris, est renversé sans avoir eu le temps d'abattre son arme. Le bond du destrier à fait franchir les portes de la ville à Gauthier, qui, soutenu par les clameurs de ses amis, enivré par sa réussite, continue sa course à l'intérieur de l'enceinte et se rapproche d'un autre des fuyards. Ce dernier, prévenu par le bruit de tonnerre que produisent les sabots sur le sol, se retourne et frappe. Le tranchant de sa lourde hache cherche l'écuyer en un arc mortel. Surpris par cette attaque inattendue, le jeune homme évite l'arme de justesse, mais sa riposte ne laisse pas à son adversaire le temps de porter un autre coup. La chance, cette fois plus que les réflexes acquis durant les années d'apprentissage auprès des vétérans, lui a sauvé sa vie.

Subitement dégrisé par le fait d'avoir senti l'ombre de la mort le frôler, Gauthier stoppe sa monture et regarde autour de lui : il a pénétré d'une portée de flèche dans la ville. Des rues qui l'entourent, des soldats se précipitent et devant lui, jaillissants de l'avenue principale, les gardes d'élite d'Antioche, menés par Fabur en personne, chevauchent vers lui. Un bon guerrier sait qu'il ne faut pas abuser de sa bonne fortune, sous peine de la voir l'abandonner définitivement ; l'écuyer sait qu'il est temps de fuir. Il fait faire demi-tour à sa monture et la lance de toute la vitesse dont elle est capable vers les portes de la ville, que des gardes, descendus des remparts, sont en train de fermer. Lorsqu'ils voient que leur adversaire les charge, ils cessent de s'occuper de la porte, pour faire un barrage de leurs piques aux pointes acérées. Gauthier pense que la chance l'a définitivement quitté. Il se prépare à un affrontement dont il ne peut sortir vainqueur : il hurle son nom en levant son arme ; s'il doit mourir, se ne sera pas en inconnu, Fabur saura qui lui a dérobé son superbe cheval. Sa couse le mène rapidement devant le rempart de lances, dressé par les gardes, et sur lequel il sait que la mort, cette fois, va l'atteindre. Mais au dernier instant, les gardes s'écartent, car aucun d'eux ne veut prendre le risque de blesser la monture du Grand Fabur et d'encourir sa colère.

A sa grande joie, le jeune homme se retrouve rapidement devant la rivière, avec derrière lui, le bruit du galop des chevaux de ses poursuivants qui se rapproche. Il ne perd pas un instant et lance sa monture dans la rivière. Le cheval ne semble même pas ralentir sa course. En un instant, il porte Gauthier, à travers les eaux, jusqu'aux feux rassurants du camp de Robert le Frison.
Immédiatement, les chevaliers entourent l'écuyer afin de le protéger de Fabur et de ses hommes. Mais ces derniers ne tentent pas la traversé de la rivière. Fabur stoppe sa monture au bord de l'eau, brandi son arme en direction de Gauthier dont il hurle le nom, avant de repartir sans hâte vers les portes de la ville. Il sera bien temps pour lui de reprendre sa monture, lors des combats qui ne manqueront pas d'avoir lieu entre Francs et Arabes au cours des mois à venir. Gauthier sait qu'il sera la proie que Fabur poursuivra dès qu'il en aura la possibilité. La première bataille qui les engagera tous les deux sera l'occasion d'un combat à mort.

Les chevaliers sont tellement heureux de l'exploit réalisé par le jeune homme qu'ils ne songent même pas à se moquer de Fabur. Un simple écuyer a osé là où des chevaliers accomplis et réputés ont hésité. La renommée de la chevalerie en sera encore grandie. Gauthier est acclamé et embrassé par ses compagnons, les hommes accourent de tout le campement pour voir le héros. Robert le Frison le serre dans bras et dit : " Gauthier, tu as le cœur d'un brave. Si je peux rentrer en Flandre sain et sauf, je n'aurai pas d'autre Sénéchal que toi. Tu as conquis un cheval qui n'a pas son pareil. Qui chercherait à te le disputer serait impardonnable, car tu t'en ai emparé de main de maître. "
Goddefroy de Bouillon intervient alors : " Nous te ferons chevalier dès que tu le voudras. ". "Je vous remercie mes seigneurs, mais je ne veux point être adoubé avant d'être parvenu à Jérusalem. " répond Gauthier.

Sur ces paroles, tous les barons regagnent leurs tentes et un grand banquet est organisé pour fêter la prise. D'un bout à l'autre de camp, l'exploit est raconté ; au bout de quelques heures les adversaires de Gauthier sont devenus dix fois plus nombreux, certains disent même que l'écuyer a affronté Fabur en personne. Mais personne n'est dupe, l'exagération ne sert qu'à embellir le récit et est un hommage au courage du jeune homme. Tous savent que derrière les artifices des conteurs se cache réellement une action de mérite et un exemple pour tous les chevaliers présents, qui ont souvent tendance à oublier les vertus qu'ils doivent représenter.

(La belle ville d'Antioche se rendra le 2 Juin 1098 après huit longs mois de siège)

FIN

© Jacques Martel - Novembre 1999
Publié dans le numéro 04
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

LA CHUTE DE DAMARTIN

An 1214, le dimanche 27 juillet près du pont de Bouvines. Philippe Auguste, Roi de France, affronte Otton Brunswick Empereur d'Allemagne et ses alliés, le conte de Flandre et le conte de Boulogne. Cet affrontement est un événement pour ceux qui y participent. En effet il s'agit de la première vraie bataille qu'un roi de France livre depuis près d'un siècle et celle-ci se déroule un dimanche, au mépris des prescriptions de l'Eglise.
Les combats font rage. Les mercenaires et autres piétons, pauvrement armés, dépassés par la fureur de la bataille, tentent de survivre et d'aider les puissants. Les sergents montés, pour qui nul ne demandera de rançon au terme de l'affrontement, leur science des armes comme seul moyen de survie, sèment la mort avec efficacité. Ils n'hésitent pas à affronter les chevaliers qui croisent leurs chemins. Ces chevaliers, symboles de l'élite combattante, cherchent la gloire; l'acte héroïque qui fera jaillir leur nom au-dessus la mêlée et donnera naissance à de longues strophes dans les chants des trouvères. Pour ces derniers, la bataille est un tournoi où s'affrontent les renommées.
Parmi eux, Renaud de Dammartin, conte de Boulogne. Ses hommes, débordés par les Français, font retraite dans le plus grand désordre. Se sentant perdu, il charge avec cinq de ses fidèles compagnons vers Philippe Auguste. Avant la bataille, il a fait le serment avec ses alliés de n'avoir comme seul but que la mort du Roi. Même si les autres se retirent, lui tentera de respecter sa parole. Il sait qu'il va mourir, mais il prendra la vie du Roi comme prix pour sa mort. Redoutable guerrier, Renaud se fraie un chemin dans les rangs des français. Chacun de ses coups porte, fendant heaumes et armures, jetant ses adversaires au sol. Les fanons de baleine qu'il porte sur son heaume, et que certains disent aussi hauts qu'une bannière, s'avancent inexorablement vers le Roi.
Voyant cela, un sergent français, Pierre de la Tournelle, qui a perdu sa monture, se place derrière celle du conte de Boulogne. Vivement, il écarte les pans de mailles du caparaçon et, d'un coup de poignard cruel, éventre le cheval. Le chevalier, emporté par la fureur du combat, ne prête pas attention à la faiblesse soudaine de sa monture. Affronter le Roi et lui faire rendre l'âme, voila tout ce qui occupe son esprit. Un de ses compagnons d'arme comprend la situation immédiatement. Il s'approche de Renaud, saisit les reines de la monture et tente de mener le conte vers un cheval libre afin de fuir, tout en le sermonnant sur la folie de sa conduite.
Renaud refuse de fuir, l'attrait du combat et de la gloire sont trop puissants, il réplique: "J'aime mieux être vaincu en combattant, mais en sauvant mon honneur, que vivre en fuyant. La vie ne vaut pas l'honneur! Je retourne à la bataille quel que soit le sort qui me menace." Joignant les actes à la parole, le chevalier lève haut sa lame d'acier, lance son cri de guerre, et éperonne sa monture mourante.
Au même instant, surgissant de la mêlée environnante, les frères Jean et Quenon Condun, encadrent Renaud de Boulogne et, dans le même mouvement, le frappent ensemble de part et d'autre du heaume, projetant monture et cavalier à terre.
Le bon acier du heaume a résisté aux lames mortelles, écartant Dame Mort du conte. Etourdit, une jambe prise sous son cheval, il tente de se dégager, tandis que les deux frères mettent pied à terre afin de le lier. Ils comptent bien obtenir une forte rançon pour Renaud. A l'instant même, le chevalier Jean de Rouvray arrive sur les lieux et réclame la reddition du conte, disputant la prise aux frères Condun. Renaud, qui tente toujours d'échapper à l'étreinte des deux frères qui ont réussit à lui lier une main, refuse de se rendre. Jean de Rouvray replonge alors dans la mêlée, à la recherche d'une autre proie, qui devra lui rapporter une belle somme.
Les hommes d'armes qui accompagnent les frères Condun forment un cercle d'acier autour de ces derniers et du conte. Il s'agit d'empêcher quiconque de venir à l'aide du chevalier au sol ; ses compagnons de bataille peuvent toujours renoncer à la fuite et tenter une percée afin de le secourir.
Surgit alors l' "Elu de Senlis". Il est facile de le reconnaître, car précédemment frère de l'Hôpital, il porte toujours l'habit de cet ordre. Cornut, son serviteur, s'élance, le devance et profite de la situation pour porter un coup de couteau au conte de Boulogne. Il ne fait pas partie de la chevalerie et ne respecte aucune des règles de la guerre. Tout comme les sergents, il n'hésite pas à verser le sang d'un chevalier au sol. En un éclair sa lame, vicieuse, cherche les parties nobles de Renaud, au défaut de l'armure, entre le haubert et les chausses de mailles. Par bonheur, le conte porte un équipement de grande qualité et son expérience du combat lui a fait prendre une précaution particulière: il a fait coudre ses chausses très haut sur la taille, sous son haubert et ce dernier est cousu ensuite sur les chausses, ne laissant aucun défaut. Cornut enrage de ne pouvoir tuer le chevalier tombé à sa merci, l'occasion est trop belle! De la main gauche, il saisit les fanons de baleine qui ont fait frémir plus d'un combattant, arrache brutalement le heaume et porte, de la main droite, un coup de couteau au visage découvert. Il laisse ainsi un sinistre et sanglant souvenir à Renaud. Au mépris de toutes règles, les deux frères Condun n'interviennent pas et laissent le chevalier, une main liée, une jambe maintenue sous sa monture, se battre d'une main contre Cornut, qui tente maintenant de lui trancher la gorge.
L' "Elu de Senlis", qui vient de rattraper son serviteur, le repousse, d'une violente bourrade, loin du conte. Ce dernier, reconnaît les habits de celui qui vient de le sauver et s'exclame: "Ne souffre pas que je sois condamné à une mort aussi injuste, et que ce garçon se puisse réjouir d'être l'auteur de ma destruction. La cour du Roi me condamnera bien mieux". L'"Elu de Senlis lui répond aussitôt: "Tu ne mourras point, mais que tardes-tu à te lever? Lève-toi, il faut que tu sois présenté tout de suite au Roi!" Sur ses paroles, il envoie Cornut chercher Jean de Nesle dans la mêlée, afin que ce dernier amène le captif au Roi. Ses ordres donnés, il aide Renaud à se défaire de ses liens, à se remettre sur pied et lui fait amener une monture libre.
Pendant ce temps le conte observe la mêlée qui les entoure. Il aperçoit, entre les silhouettes des ennemis qui le cernent, son compagnon Arnoul d'Audenarde qui mène d'autres chevaliers à son secours, forçant les rangs des français. Immédiatement, il se laisse tomber au sol, comme vaincu par ses blessures et la fatigue. Peut-être que Arnoul parviendra jusqu'à lui avant que l ' L' "Elu de Senlis" ne réussisse à le remettre sur pieds et à lui faire quitter le champ de bataille. Ses jambes ne semblent plus pouvoir le porter. De son coté, Arnoul et ses compagnons font merveilles, ils ne laisseront pas Renaud aux mains de leurs ennemis, ils périront plutôt. Chacun des coups qu'ils donnent les rapprochent de leur ami. Leur geste sera au moins aussi héroïque que celui de Renaud, qu'il viennent délivrer. Mais, pour leur malheur, les rangs des français se font de plus en plus serrés. Bientôt, il pleut tant de coups sur eux, qu'ils ne songent plus qu'à se garder. Les Français les cernent de toute part et leur interdisent tout mouvement. Leur destin est scellé. Dans les instants qui suivent ils sont pris et retenus. De nouvelles rançons seront demandée à la fin de la bataille...

Les jambes du conte semblent de nouveau vouloir le porter. Il monte en selle. Le visage et le corps couverts de sang, le regard fier, il ne laisse rien paraître de la fatigue qui l'accable. Il a été pris par ses ennemis, mais à la suite d'un acte de bravoure, après avoir tué ou jeté à terre de nombreux adversaires, alors que tous ses hommes fuyaient. Son honneur est sauf. Son exploit, il le sait, sera conté maintes et maintes fois; le nom de Renaud de Dammartin sera connu des générations qui suivront.
Le bruit provenant de la mêlée environnante est un instant couvert par des cris. Les adversaires de Renaud, ceux qui étaient le rempart entre lui et le Roi, ceux-là mêmes qui ont empêché Arnoul de lui porter secours, acclament son départ. Ils saluent le courage et la valeur d'un homme au combat.
A cet instant nul ne croirait que ce Chevalier, qui quitte le champ de bataille la tête haute, en compagnie de Jean de Nesle, est un vaincu.

(La fin de la bataille sera signifiée par la fuite d'Otton qui, attaqué par Girard la Truie, sera mis par trois fois à bas de son cheval et sera à chaque fois remis en selle par ses compagnons. Mais ceci est une autre histoire...)

FIN

© Jacques Martel - Septembre 1999
Publié dans le numéro 03
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

GUILLAUME LE MARECHAL

Guillaume le Maréchal (1145-1219). Une légende et un exemple pour ceux de son temps. A sa mort, Jean de Rouvray dira au roi: "Sire, je jure que ce fut le plus sage chevalier qui fut vu, en nul lieu de notre temps". Guillaume des Barres déclarera: "Il n'y eu en nul lieu meilleur chevalier et qui s'y connut mieux en armes."

L'histoire qui suit, prise au sein de la vie du Maréchal, illustre ces éloges funèbres.
An 1170, le Roi d'Angleterre Henri II le Vieux fait de Guillaume l'homme qui doit "garder et enseigner" Henri le Jeune, son fils (qui se révoltera par deux fois contre son père et décèdera de maladie en 1183).

An 1182, jaloux de l'affection d'Henri le Jeune pour Guillaume, cinq chevaliers de la maisonnée décident de perdre ce dernier. Ils font courir la rumeur, selon laquelle le Maréchal est l'amant de la reine. Guillaume entend la rumeur et, sûr de son bon droit n'en tient pas compte. Voyant que leur manœuvre ne donne pas de résultats, les conspirateurs envoient un valet rapporter la rumeur au roi en personne et témoignent de ce qu'ils ont "vu et entendu". Dès lors, Henri le Jeune n'adresse plus la parole à Guillaume, qui quitte immédiatement la cour, se sentant trahi.

Le grand tournoi d'automne est organisé, le Maréchal arrive sur les lieux au dernier moment, armé de pied en cap, et rejoint son camp au moment où le combat s'engage. Durant toute la mêlée et les affrontements au cours desquels il sauve par deux fois le jeune roi de la capture, il garde le silence. Le soir venu, une fois de plus il est considéré comme le meilleur de la journée. Des barons jaloux font, devant le roi, allusion aux rumeurs concernant le héros, provoquant le départ de celui-ci, fidèle à lui-même.
Désespérant d'écarter définitivement le Maréchal, les conspirateurs préviennent Henri II le Vieux, provoquant la colère de Guillaume.

Il décide de se rendre à l'assemblée plénière de Noël, tenue à Caen par les deux rois. Tous les proches d'Henri le Vieux et d'Henri le Jeune sont présents ainsi que l'élite de la chevalerie. Faisant irruption dans la séance, Guillaume se dresse, furieux, devant l'assemblée. Il refuse de se taire plus longtemps en comptant sur la confiance des rois comme il l'a fait jusqu'à présent. Il désire prouver son innocence en public et devant la plus haute autorité, selon le droit en vigueur: un duel judiciaire devant Dieu. Dieu accordera la victoire à l'innocent et confondra le coupable ou son champion. La prestance du Maréchal et sa réputation au combat intimident plus d'un chevalier et nul ne lève la tête pour croiser son regard.

Guillaume monte alors les enchères et propose trois duels successifs. Il affrontera trois champions à la suite l'un de l'autre et sans répit. S'il ne vainc pas les trois, il s'engage à se mettre à la merci du roi et à accepter la pendaison. Cette déclaration provoque un lourd silence que nul ne brise et, à nouveau personne, n'ose affronter le regard du Maréchal. Celui qui, en bataille et en tournois, a fait d'innombrables prises ne peut être mis en danger par trois adversaires successifs.

Désespérant de trouver un champion à combattre pour prouver son innocence, Guillaume fait une nouvelle proposition: qu'on lui coupe un doigt de la main droite, il affrontera ainsi le champion de ceux qui l'accusent. A nouveau, le silence s'installe et les regards se font fuyants, seul le Maréchal peut se permettre de lancer un tel défi. Défi qu'aucun des chevaliers présents n'ose relever.

Guillaume, seul, face à l'assemblée de l'élite des chevaliers, impose sa vaillance et sa fierté. Lui qui est parti de rien, avec ses armes et son courage pour seules possessions, fait trembler les puissants et leur fait baisser la tête.

Henri le Jeune brise le silence: "je n'ai cure de votre bataille!". Guillaume déclare alors: "Puisque aucun ne lève la tête parmi ceux qui ont soulevé contre moi le blâme et qu'on y consent contre la loi du pays, je vois bien qu'il me faut chercher ailleurs où mieux vivre". Sur cette déclaration Guillaume le Maréchal, fidèle à son attitude lorsque sa confiance est trahie, quitte l'assemblée et les terres du roi.

Quelques temps plus tard, Henri le Jeune se séparera de sa femme et demandera au Maréchal de revenir à son service.

FIN

© Jacques Martel - Juillet 1999
Publié dans le numéro 02
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

 

LE GEANT

En 1104 les Croisés s'emparent de la ville de Saint Jean d'Acre. Yusuf Salâh Al-Din, surnommé Saladin par les Francs, reprend possession de la ville en l'an 1187.

En avril 1190 Guy de Lisionant assiège la ville en attendant les renforts de la troisième croisade menés par Philippe Auguste et Richard Coeur-de-Lion. Il fait bâtir trois gigantesques tours de siège qui menacent la ville sur ses trois cotés terrestres. Les assiégés font parvenir un message de détresse à Yusuf Salâh Al-Din, qui réunit aussitôt ses troupes et se dirige vers Saint Jean d'Acre. Dès qu'il parvient sur les lieux, il harcèle les Francs sans répit afin de les détourner du siège.

Les assiégeants se trouvant assiégés à leur tour, se divisent en deux groupes, l'un affrontant les forces du Sultan pendant que l'autre continue le siège. Les tours de siège sont astucieusement brûlées et les forces des assiégeants déclinent. A la fin de huit journées de combats sur deux fronts (le 5 mai 1190) les Francs font retraite mais maintiennent le siège depuis leur camp fortifié. Le double siège continue, multipliant les assauts, les tentatives de sortie, les victoires et les défaites de l'une ou l'autre de trois forces en présence. Le 16 octobre 1190, Yusuf Salâh Al-Din gravement malade se retire avec ses troupes. Soulagés les Francs en profitent pour renforcer le siège.

Dès que son état le lui permet, le Sultan reprend le chemin de Saint Jean d'Acre. En novembre 1190, avec l'aide de ses fils et de son frère, il harcèle à nouveau les Assiégeants. Malgré le retour du Sultan les Croisés continuent de mettre la ville à mal. En juillet 1191 les attaques répétées et continues des Francs commencent à avoir raison des défenses de la ville. Des brèches apparaissent dans les remparts et les assiégeants se relaient sans cesse pour tenter d'y pénétrer.

Le 12 juillet 1191 les Francs mènent un assaut gigantesque. Yusuf Salâh Al-Din tente à nouveau de le détourner en menant ses troupes à l'assaut du camp des Croisés. Le Sultan ses fils et son frère chargent en personne à la tête des troupes. Malgré cela le camp retranché résiste et l'assaut sur la ville continue. Le soir venu les combats cessent. La ville envoie un nageur porter un message au Sultan, il y est dit que la ville se rendra le lendemain si elle ne reçoit pas de secours. Dès le soleil levé, Yusuf Salâh Al-Din lance une attaque désespérée contre ses ennemis. Les Francs restent retranchés dans leur camp et organisent la défense. Bahâ'Ad-Din (1145-1234), le chroniqueur,
proche du Sultan, ne peut participer au combat à la suite d'une indisposition. L'un des soldats lui rapportera ensuite ce dont il a été le spectateur.

Le puissant assaut de Yusuf Salâh Al-Din est le dernier espoir le la ville et certains guerriers réussissent à pénétrer dans le camp des Croisés. L'un d'eux, circulant dans les retranchements se trouve témoin d'une scène qui le stupéfie.

Les guerriers du Sultan ont réussit à provoquer une brèche dans une palissade Franque. Au sommet de celle-ci se tient un chevalier de taille et de stature exceptionnelle. Il empêche la progression des assaillants par la brèche en leur projetant d'énormes blocs de pierres. Les chevaliers qui sont à ses cotés ont posé leur armes et se relaient pour amener des projectiles au géant qui tient les guerriers en respect. Le chevalier ne semble pas sentir les flèches dont il est la cible et qui semblent le transformer en hérisson. Au pied de la palissade les assaillants n'osent plus avancer, ils restent hors de portée des rocs qui ont abattu les guerriers dont les corps jonchent la brèche. Chaque fois que l'un d'eux tente d'avancer il est la victime d'un bloc de pierre. La situation se prolonge jusqu'à l'arrivée d'un artificier qui prend le chevalier pour cible à l'aide d'une bouteille incendiaire. Le projectile atteint le géant le transformant en brasier vivant. Le chevalier meurt brûlé vif et les assaillants pénètrent dans le camp.

Les combats dureront jusqu'au soir. Malgré son intensité, l'assaut de Yusuf Salâh Al-Din est un échec; le siège continue et Saint Jean d'Acre se rendra dans le courant du mois.

FIN

Bahâ'Ad-Din Ibn Shaddâd (1145-1234)
En 1178 il entre au service de Yusuf Salâh Al-Din et reste un de ses proches jusqu'à la mort du Sultan. Cette situation lui permit d'écrire une biographie vivante et détaillée de ce dernier.

© Jacques Martel - Mai 1999
Publié dans le numéro 01
du magazine Histoire Médiévale
des Editions Harnois

VIRTUHALL CONCEPT